Une nouvelle génération d'auteur réalisateur va t-elle réussir à dépasser l'homme Kusturica ?
L'enjeu est de taille, face à un Kusturica qui n'a jamais caché ses liens avec le régime de Milosevic.
Foncièrement indifférent à la critique étrangère, contrairement à un Goran Paskaljevic, réalisateur d'ExYougoslavie reconnu depuis plusieurs décennies, qui a voulu faire preuve de sa bonne volonté
avec son "Serbie année 0".
Pourtant, il faiut admettre qu''il n'y a guère d'autres solutions que de se retrouver en porte à faux vis à vis d'une majorité de la population de Belgrade, si on s'aligne trop sur la vision d'un
Bernard Henri Levy (
dans Bosna, notamment, son film pamphlet, et dans
Serbie Année 0, où il intervient).
Découvrir les Balkans à travers le cinéma de Kusturica, son film
Underground surtout, sa deuxième palme d'or après
Papa est parti en voyage d'affaire, ne pouvait qu'occasionner
une divine surprise.
Surprise qui ne peut se guérir qu'après une connaissance détaillée de l'histoire du pays, des différentes versions en lice, et de la façon dont le film résume, coupe, avec génie, souvent, mais dans
une perspective parfois choquante, surtout si l'on considère l'histoire récente plus importante que les catastrophes d'il y a 50 ans.
Pour certains, parfois nombreux, les violences du nazisme et de leurs alliés de l'époque sont un argument pour minimiser la violence contemporaine.
Sur un plan artistique, émotionnel, comment résister au concentré de violence génialement chorégraphiée, de musique, de vitalité, de couleurs que Kusturica envoyait à la figure, quand la réalité de
cette Yougoslavie qu'il célévrait était devenue celle du sang et du massacre, sans les chants tziganes pour anoblir les combats ?
Film de guerre, film noir et d'humour, de ce type d'humour peut être plus Serbe que Croate ou Musulman.
Cynique, triste et drôle à la fois, avec une louche d'authentique désespoir.
Le défi que Kusturica lance se veut exclusivement cinématographique, et il est d'envergure.
La meilleure revanche que pourrait prendre une nouvelle Bosnie, serait de présenter au fils de Sarajevo un autre cinéaste qui réussirait à le dépasser sur son terrain...
Difficile : Danis Tanovic et le réalisme de son film
No Man's land, largement imbibé de sa présence durant des mois sur les lignes de front, démontre pourtant d'immenses qualités
humaines.
Mais aussi vrai qu'un ministre toujours en exercice pouvait dire que
l'on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, fait-on de bons films avec de bons sentiments ?
A ce niveau là, Kusturica a une position maitresse, inexpugnable. Et il semble toujours indétrônable.
Il sait frotter les démons pour leur faire rendre des fresques magnifiques.
Est-on en face d'un Céline yougoslave ? Génial et terrible ?
Danis Tanovic a une connaissance bien plus intime détaillée de ce qu'est réellement la guere et la mort, mais Kusturica sait la filmer de telle façon qu'il peut la faire bien plus aimer, que
Tanovic ne saura nous la faire détester.
Paradoxal, gênant, terrible ?
Au Kosovo,
Kukumi de Isa Qosja (2005) est le premier film de fiction un peu ambitieux, post guerre à circuler plus largement.
Et les réalisateurs étrangers, face à ce drame, qu'ont ils donné ?
Il y a eu
Lettre à L de Romain Goupil... d'autres ont essayé de prendre possession de ce qui s'est passé, s'approprier des drames qui ne sont pas nécessairement notres, mais qui nous
deviennent profondément intimes, presque malgré nous. Captés.
Godard, dans Notre Musique par exemple...
Devlin Johan