Avant, ou après l'Aurore... quand tout n'a pas été encore détruit, ou tout n'est pas encore que ruines...
Il n'existe pas encore jusqu'ici de films ou de livres chantant pleinement la geste haïtienne,
bien sur il y a l
a Tragédie du roi Christophe d'Aimé Césaire, mais si centrée sur des héros isolés aux commandes,
en lutte contre eux mêmes, que la pièce n'avait pas la même portée symbolique que ses autres écrits.
Haïti Chérie : C'est à ce terme affectif auquel je pense après ce que l'on appelle comme sous un nom de code,
la catastrophe naturelle "d'amplitude 7".
Haïti Chérie, c'est le titre de cet article, c'est le titre d'un film qui était sorti il y a de cela plusieurs mois.
Affiche du film de Claudio Del Punta
Ce n'est pas un commentaire de ce film que j'écris ici, mais je conseille à ceux qui le peuvent d'aller le voir,
ça donne quelques bribes, très fines, très éparses, sur les conditions actuelles de l'ïle.
Le film n'expliquera pas pourquoi derrière une strate de misère se cache une autre strate de misère.
On ne comprendra pas pourquoi, en sortant, les strates de la misère semblent être repoussés toujours plus profondément... pourquoi ?
Comme certains le rappellent, à travers le proverbe haïtien,
derrière une montagne, il y a encore une montagne, derrière une difficulté, il y a encore une difficulté...
Tout est pourtant parti par une déclaration de gloire, une indépendance acquise aux dépends du plus grand stratège français du début des années 1800. Je ne le nommerai pas.
La seule île à réussir son indépendance (1804) avant le Brésil, avant le Mexique... et tous les pays d'aujourd'hui alors partie des immenses vice royautés hispaniques, c'était Haïti.
Elle était l'ïle la plus riche des Caraïbes, en concurrence avec Cuba.
Ne parlait on pas des
Seigneurs de Saint Domingue (ancien nom d'Haïti),
des Messieurs de la Martinique, des Gens de la Guadeloupe ? avec cette classification des castes qui ne
peut que faire frémir tout esprit un tant soit peu hanté par la Démocratie et le Républicanisme... et une vague idée d'égalitarisme... mais c'était comme ça.
60 ans après, les Etats-Unis aussi connaissaient le grand affrontement qui allait désagréger le mode de vie qui ne devait plus appartenir qu'au passé (et Abraham Lincoln reconnaissait enfin
Haïti comme Etat indépendant ... en 1862).
Certains seigneurs de la Louisiane, anciens Seigneurs de Saint Domingue, allaient à nouveau être perturbés dans le mode de vie qu'ils affectionnaient tant, avec la défaite du sud.
Au Brésil, l'abolition ne se fit qu'en 1889, jamais trop tard, toujours trop tard...
Revenons à Saint Domingue... ou Haïti, nom que lui donnaient les Indiens Taïnos avant l'arrivée de Christophe Colomb.
Difficile d'accepter l'idée d'un mystère haïtien... même si le vaudou en a fait une des cartes postales de la mystique mondiale.
Comment l'île-pays qui était le plus en avance sur son temps, a t'elle pu rater à ce point l'accès à la modernité ?
Comme si les différentes puissances européennes et américaine ne lui avaient pas pardonné cet acte de bravoure passé, non assumé par la suite ...
Quand vous êtes puissants un jour, il faut l'être le jour d'après...
Toussaint Louverture, le maître et stratège d'Haïti, pourtant d'une ruse et d'une habileté peu commune,s se fait prendre au piège des promesses napoléoniennes. Fait prisonnier, il est exilé en
France dans un cachot du Jura, il y meurt.
Mais là où la Guadeloupe ne pourra résister aux troupes de Leclerc et de Richepance, et où l'esclavage sera rétabli, au moins jusqu'en 1848, Haïti elle, jettera à la mer la domination
française.
Elle deviendra maître de son destin, en rachetant toutefois sa liberté à la France. Une somme colossale fut acquittée, pour que la France laisse Haïti "s'autogérer".
C'est ce qui s'et passé pour Haïti : sortir du joug français, absurde et brutal, mais pour rentrer sous le joug anglais.
Plus subtile, mais impossible à briser : l'encerclement de l'océan signifiait le pouvoir anglais.
Passer d'un maître à un autre. Toutes les anciennes colonies hispaniques l'ont appris à leurs dépens, pensant s'être débarassé de toute tutelle espagnole et européenne.
La diplomatie de la canonnière signifie qu'il faut accepter les conseils courtois et respectueux de la puissance amie britannique, sinon... les ports sont dévastés par les canons de la flotte
anglaise, le commerce mis en pièces...
De ce côté là Haïti avait encore moins de chance et d'espoir que les nouveaux Etats latino américains de s'en tirer.
Et les accords auxquels ils parvinrent furent si piteux, que la plupart du temps,
une révolution en chassait une autre avant même qu'il aient pu produire des effets concrets.
Les Etats-Unis ne firent que prendre la suite de la Grande Bretagne, qui avait elle même pris la suite de la France.
Le mystère haïtien, a pu parfois prendre l'allure d'un autosabordage, avant que ce ne soient les puissances alentours qui ne s'en chargent.
L'indépendance et la puissance de celui qui décide de disparaître, en toute impunité, en toute liberté, pour empêcher quiconque de l'exploiter.
Certains pourraient appeler cela le virus du trop grand nombre d'années d'avance sur son temps. ça se paye, ce décalage.
Trop en avance sur son temps, il y a deux siècles. Trop en retard aujourd'hui.
L'aide internationale, déjà présente, notamment avec des troupes brésiliennes (l'ONU évite d'envoyer des soldats d'Amérique du Nord, très mal vus en Haïti), va devoir montrer qu'elle peut, peut
être enfin, réussir dans une zone difficile, un "Nation building".
C'est le défi que pose la catastrophe récente : aller beaucoup plus loin que tout ce qui a été fait jusqu'ici pour Haïti.
Devlin Johan Belfort