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Parallax, Le Mond, Cinéma du Réel...

Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 00:59

Par Castel Rosso Créations
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 00:01


SYNOPSIS
« FERNAND ET MYRHA LA DOUCE »


Compagnons de route

Fernand, vieux Malien sans papiers, décide un jour de repartir au Mali.

Grand, voûté, le regard chaleureux, la mine tantôt réjouie, tantôt méfiante, selon les atmosphères de la presqu’île de Château Rouge Goutte d’Or, il reste assis sur son trône, au Petit Myrha ou à l’Atlas. Il veut se faire expulser.

Bloqué dans"l'île de Château Rouge", ville ou île à l'intérieur de Paris, Fernand est incapable de continuer à vivre en France où il a vécu pendant quarante ans. Dans la misère totale depuis quelques années, il est pourtant tout aussi incapable d'accepter son retour au Mali, si cela ne se fait pas dans certaines conditions.

Fernand ne veut rentrer que par le biais de l'expulsion, comme un ultime pied-de-nez à l'administration française qui ne lui a pas laissé la possibilité de se régulariser... au vu de son Cv un peu alourdi…

Ce film n'est ni un documentaire, ni une fiction, peut être un pamphlet sous la forme d’une chorégraphie. Un manifeste, une peinture... sur une rue, une rhumerie mi-antillaise, mi-africaine, sur un personnage, Fernand, dont le chemin est à rebours de tout.

 

Documentaire expérimental de Devlin Johan Belfort, 23 minutes

Par Castel Rosso Créations
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 19:07
DevetVincentMadeleineAvec le navigateur Vincent Madeleine, Haïti 1982

Avant, ou après l'Aurore... quand tout n'a pas été encore détruit, ou tout n'est pas encore que ruines...

Haïti pourrait avoir un autre visage...

Il n'existe pas encore jusqu'ici de films ou de livres chantant pleinement la geste haïtienne,

bien sur il y a la Tragédie du roi Christophe d'Aimé Césaire, mais si centrée sur des héros isolés aux commandes,

en lutte contre eux mêmes, que la pièce n'avait pas la même portée symbolique que ses autres écrits.

Haïti Chérie : C'est à ce terme affectif auquel je pense après ce que l'on appelle comme sous un nom de code,

la catastrophe naturelle "d'amplitude 7".

Haïti Chérie, c'est le titre de cet article, c'est le titre d'un film qui était sorti il y a de cela plusieurs mois.


Affiche du film de Claudio Del Punta

http://www.sudplanete.net/_uploads/images/films/haiti_cherie_aff.jpg


Ce n'est pas un commentaire de ce film que j'écris ici, mais je conseille à ceux qui le peuvent d'aller le voir,

ça donne quelques bribes, très fines, très éparses, sur les conditions actuelles de l'ïle.

Le film n'expliquera pas pourquoi derrière une strate de misère se cache une autre strate de misère.

On ne comprendra pas pourquoi, en sortant, les strates de la misère semblent être repoussés toujours plus profondément... pourquoi ?

Comme certains le rappellent, à travers le proverbe haïtien, derrière une montagne, il y a encore une montagne, derrière une difficulté, il y a encore une difficulté...

Tout est pourtant parti par une déclaration de gloire, une indépendance acquise aux dépends du plus grand stratège français du début des années 1800. Je ne le nommerai pas.

La seule île à réussir son indépendance (1804) avant le Brésil, avant le Mexique... et tous les pays d'aujourd'hui alors partie des immenses vice royautés hispaniques, c'était Haïti.

Elle était l'ïle la plus riche des Caraïbes, en concurrence avec Cuba.

Ne parlait on pas des Seigneurs de Saint Domingue (ancien nom d'Haïti), des Messieurs de la Martinique, des Gens de la Guadeloupe ? avec cette classification des castes qui ne peut que faire frémir tout esprit un tant soit peu hanté par la Démocratie et le Républicanisme... et une vague idée d'égalitarisme... mais c'était comme ça.

60 ans après, les Etats-Unis aussi connaissaient le grand affrontement qui allait désagréger le mode de vie qui ne devait plus appartenir qu'au passé (et Abraham Lincoln reconnaissait enfin Haïti comme Etat indépendant ... en 1862).

Certains seigneurs de la Louisiane, anciens Seigneurs de Saint Domingue, allaient à nouveau être perturbés dans le mode de vie qu'ils affectionnaient tant, avec la défaite du sud.

Au Brésil, l'abolition ne se fit qu'en 1889, jamais trop tard, toujours trop tard...

Revenons à Saint Domingue... ou Haïti, nom que lui donnaient les Indiens Taïnos avant l'arrivée de Christophe Colomb.

Difficile d'accepter l'idée d'un mystère haïtien... même si le vaudou en a fait une des cartes postales de la mystique mondiale.

Comment l'île-pays qui était le plus en avance sur son temps, a t'elle pu rater à ce point l'accès à la modernité ?

Comme si les différentes puissances européennes et américaine ne lui avaient pas pardonné cet acte de bravoure passé, non assumé par la suite ...

Quand vous êtes puissants un jour, il faut l'être le jour d'après...

Toussaint Louverture, le maître et stratège d'Haïti, pourtant d'une ruse et d'une habileté peu commune,s se fait prendre au piège des promesses napoléoniennes. Fait prisonnier, il est exilé en France dans un cachot du Jura, il y meurt.

Mais là où la Guadeloupe ne pourra résister aux troupes de Leclerc et de Richepance, et où l'esclavage sera rétabli, au moins jusqu'en 1848, Haïti elle, jettera à la mer la domination française.

Elle deviendra maître de son destin, en rachetant toutefois sa liberté à la France. Une somme colossale fut acquittée, pour que la France laisse Haïti "s'autogérer".

C'est ce qui s'et passé pour Haïti : sortir du joug français, absurde et brutal, mais pour rentrer sous le joug anglais.

Plus subtile, mais impossible à briser : l'encerclement de l'océan signifiait le pouvoir anglais.

Passer d'un maître à un autre. Toutes les anciennes colonies hispaniques l'ont appris à leurs dépens, pensant s'être débarassé de toute tutelle espagnole et européenne.

La diplomatie de la canonnière signifie qu'il faut accepter les conseils courtois et respectueux de la puissance amie britannique, sinon... les ports sont dévastés par les canons de la flotte anglaise, le commerce mis en pièces...

De ce côté là Haïti avait encore moins de chance et d'espoir que les nouveaux Etats latino américains de s'en tirer.

Et les accords auxquels ils parvinrent furent si piteux, que la plupart du temps,

une révolution en chassait une autre avant même qu'il aient pu produire des effets concrets.

Les Etats-Unis ne firent que prendre la suite de la Grande Bretagne, qui avait elle même pris la suite de la France.

Le mystère haïtien, a pu parfois prendre l'allure d'un autosabordage, avant que ce ne soient les puissances alentours qui ne s'en chargent.

L'indépendance et la puissance de celui qui décide de disparaître, en toute impunité, en toute liberté, pour empêcher quiconque de l'exploiter.

Certains pourraient appeler cela le virus du trop grand nombre d'années d'avance sur son temps. ça se paye, ce décalage.

Trop en avance sur son temps, il y a deux siècles. Trop en retard aujourd'hui.

L'aide internationale, déjà présente, notamment avec des troupes brésiliennes (l'ONU évite d'envoyer des soldats d'Amérique du Nord, très mal vus en Haïti), va devoir montrer qu'elle peut, peut être enfin, réussir dans une zone difficile, un "Nation building".

C'est le défi que pose la catastrophe récente : aller beaucoup plus loin que tout ce qui a été fait jusqu'ici pour Haïti.

                                                                                                                                                                   Devlin Johan Belfort

Par Castel Rosso Créations
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 19:45

(Littéralement : Dieu et le Diable sur la terre du Soleil)

Dieu Noir, Diable Blond (titre français)

 

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Glauber Rocha a donné ce titre sous forme gémellique comme pour parler de ses divisions intérieures, de ses affres, de son impossibilité de créer en toute quiétude. L'aboutissement est ce superbe autoportrait, bien loin toutefois des réalités  même mythiques, du Nordeste 

Venir en Europe devait être comme une thérapie pour calmer son feu intérieur, se caler sur le rythme tellement plus tranquille, et pourtant si créatif, des réalisateurs français et italiens qu'il a principalement fréquenté, Straub, Pasolini, notamment. Mais pourquoi Glauber Rocha, réalisateur particulièrement ombrageux, n'arrivait-il à faire avancer sa machine qu'à coup de violence intérieure ? Pénétrons dans celle-ci à travers ce Dieu et ce Diable, égarés dans la terre du Soleil : le Sertâo.

Glauber Rocha, et les mythes du Nordeste

Rocha est issu de l’Etat de Bahia, le même que Jorge Amado, l’Etat où se résument une partie des mythes nordestins, de la littérature de Cordel, qui émergent de tout le Nordeste… les Etats de Pernambouc, du Ceara, de Paraiba, de Natal.

Le film, tout en se basant notamment sur la littérature de Cordel, emprunte de nombreux détails décisifs à un étrange épisode de l’histoire du Brésil, le conflit de Canudos, conté par un écrivain brésilien peu connu en Europe, mais fameux au Brésil : Euclides da Cunha. Son ouvrage majeur « Os Sertôes » (Hautes Terres), est le récit de l’intervention militaire qui mettra fin à cette expérience millénariste, à la fin du 19ème siècle. C’est grâce à lui que l’existence de Canudos, érigée en plein désert, est connue. Mario Vargas Llosa lui rendra grâce dans la préface de son chef d’œuvre relatant à son tour cet épisode tragique : La Guerre de la Fin du Monde.

Des siècles plus tôt se déroulaient des phénomènes voisins dans le Moyen-Age européen (que le Diable et le bon Dieu de Sartre met en scène avec la cité de Worms, amenant certains critiques français à relier abusivement le film de Rocha à l’œuvre de l’écrivain français), avec les mêmes enjeux en termes de déclenchement et d’élimination de ces folles poussées d’espoir, ou de fanatisme, selon le regard.

Glauber Rocha reprend la trame, et la folle intensité de ces millénaristes qui décidèrent de fonder cette cité mystique de Canudos, à laquelle fait référence la compagne du personnage principal, le vaqueiro Manuel. Dans le film il s’agit d’une « île », mais cela reste dans l’idée de la rencontre entre les éléments, la mer, et la terre…

E o sertâo vira mar, e o mar vira sertâo… Et le désert devint mer, et la mer devint désert

 

Le film

Tout commence par de longues images aériennes de désert, celui du Nord est du Brésil. Celui que l’on appelle Sertâo. Sec, quelques épineux, de la terre aride. Une mâchoire de squelette… puis une tête humaine, l’acteur Geraldo del Rey… incarnant Manuel, un vaqueiro perdu dans la logique brutale du Nordeste du début du 20 ème siècle, mais qui pourrait presque se passer aujourd’hui, ou deux siècles plus tôt. Epaisse tenue de cuir, pour se protéger des flagellations des épineux de la Caatinga. Machette, cheval fourbu… Est ce un jagunço - un de ces hommes de main qui servaient les Colonels, sortes de seigneurs de la terre de cette période ?

Un chant du Nordeste présente l’enjeu, et reviendra régulièrement, souvent terriblement triste…

 

Manuel et Rosa viviao no Sertao…

Manuel et Rosa vivaient dans le Sertao

Trabalhando a terra…

Travaillant la terre

Com as proprias maoes…

Avec leurs propres mains

Ate que um dia pelo sim pelo nao

Jusqu’à ce qu’un jour, pour un oui, pour un non,

« Entrou na vida deles o Santo Sebastiao…

Saint Sébastien entra dans leur vie

Trazia bondade nos olhos,

Ses yeux étaient porteurs de bonté

Jesus Cristo no corazao… »

Et il avait Jésus Christ dans le coeur

 

Le chant est la trame réelle de tout le film, ce qui tient tout ensemble : sorte d’histoire échevelée, construite sur un mélange d’action proche du western sud américain, et de nombreuses scènes plus proches du théâtre shakespearien, adapté aux mythes du Nordeste brésilien.

Des scènes sont ainsi censées marquer l’inscription du film dans une certaine réalité sociale, politique du Nordeste

Lorsque Manoel racle le manioc, sa femme fait tourner la roue… Ils mangent. Ils parlent peu. L’homme, Manuel, se sert de ses doigts pour manger sa portion de manioc. Il parle d’une affaire avec le colonel Morais. Tout paraît bien incertain. La femme - sa femme - ne l’écoute guère… Atmosphère de chaleur, images de l’extérieur sursaturée… idée d’une température explosive, de trop plein de lumière.

C’est un prélude au chaos qui va vite entrer en lice… L’homme se rend au marché : certaines des vaches dont il avait la garde sont mortes : ce sont celles du seigneur local, le Colonel. Mais ce dernier ne l’entend pas de cette oreille, et prétend que celles qui sont mortes sont celles de Manuel.

Le personnage du Colonel semble étrangement absent, Rocha n’utilise ce personnage terrible du Nordeste que pour les besoins de son histoire : il n’a pas besoin d’être spécialement humain, il représente juste quelques mots lâchés et des coups de fouet.  A lei ta comigo ! Quer discutir ? La loi est avec moi ? Tu oses contester ?

Puis il tourne le dos à son vaqueiro, qu’il vient d’humilier, ce qui n’est guère convainquant, ni prudent, vu les mœurs de l’époque… où les liens de vassalité devaient être amortis par le développement de liens affectifs, ou à l’inverse, par une continuelle répression.

Les colonels étaient les seigneurs de la terre, responsables de milliers d’hectares de terre, avec les dizaines de milliers d’habitants qui vivaient dessus, qu’ils menaient à la dure entourés d’hommes de main… Sorte de Shoguns nordestins, ils ne respectait pas beaucoup de règles légales, sinon celle de la parole, de la récompense pour la fidélité, et de la vengeance pour toute trahison ou contestation. Cruels, manipulateurs, puissants, ces personnages étaient les seigneurs du Nordeste… En le faisant tuer aussi facilement, Glauber Rocha conteste cette vision historique, pour les besoins de son film… qui refuse toute autre forme d’autorité sinon celle de Dieu et du Diable. Le Colonel est exclu de cette relation exclusive.

Manuel le tue, et s’enfuit, poursuivi par les jagunços… qui mourront après avoir tué sa vieille mère… Il décide alors de suivre un Illuminé, avec sa femme, avant que la vengeance ne s’abatte. Et soudain, des moments impressionnants de beauté grâce aux chants du Nordeste qui continuent...

 

Meu filho tua mãe morreu,

Mon Fils, ta mère est morte,

Não foi da morte de Deus…

Elle n’est pas morte d’une mort tranquille,

Foi de briga no Sertão, meu filho,

Ce fut le résultat de la lutte dans le Sertão, mon fils,

Dos tiros que o jagunço deu…

Des tirs du Jagunço 

 

S’enfuyant avec sa femme, il accompagne le Beato San Sebastiao vers le Monte Santo… Sorte de muraille de Chine brésilienne, qui mène, en plein milieu du désert, à une montagne surmontée d’une église, fondée par les Portugais à leur arrivée dans cette région, apparemment abandonnée de Dieu.

Cet édifice a été édifié « para levar ate o ceu o corpo e a alma dos inocentes » : « pour élever vers les cieux le corps et l’âme des innocents »

 

 

Les personnages à la fois réels et mythiques du Béato, du Bandido (ou Cangaceiro), du jagunço, de la femme égarée, de l’anarchiste perdu, à la recherche de la cité utopique… Tous sont déclinés « à la Rocha » dans ce Dieu Noir et Diable Blond

Le Béato est un prophète Noir, qui devient le Dieu Noir du titre français… et le Diable blond est étrangement incarné par un bandit aux cheveux noirs… La traduction française, mis à part sa beauté et l’idée rusée de jouer sur une torsion de l’iconologie chrétienne, Blond = Diable, Noir = Dieu, ne veut pas dire grand chose si l’on reste calé sur le scénario et le physique des acteurs. Restons donc dans l’idée générale par la traduction littérale du titre  brésilien : Dieu et le Diable sur la terre du soleil…

Joué par Othon Bastos, le Diable, un meurtrier de la pire espèce, et toutefois totalement intégré dans la culture nordestine sous le titre de Cangaceiro, comme étant nécessaire à l’équilibre général du territoire. C’est un homme brun, ténébreux.

Le titre français, pourtant réfléchi, dérive sur le personnage de Satanais, alias Manuel, étrange construction humaine, perdue entre les deux options qui s’offrent : la béatitude dans le fanatisme, ou le chemin du meurtre, qui mène aussi à la mort.

Dieu ou Diable, les deux options ne laissent guère de choix. La vie comme une plate forme sans option, où il ne reste plus qu’à courir dans le désert ; en espérant ne pas être abattu trop vite.


Un héros de cinéma dans la terre du soleil ?

Le héro de ce film, Manuel, plus tard rebaptisé Satanais, est un paumé permanent, qui malgré les options vénéneuses qui s’offrent à lui, réussira à s’en tirer avec une certaine dose d’opportunisme. Il sauvera sa peau, là où beaucoup autour de lui meurent. Sa femme, étrange créature trop belle pour être la compagne d’un simple vaqueiro (c’était la compagne du cinéaste), est travaillée par la douleur, le labourage de la terre et les privations. Mais cela ne l’empêche pas de le suivre perpétuellement, comme dans un opéra absurde.

Le scénario réaliste sur pareille terre voudrait que l’homme soit très vite exécuté, et que la femme trouve un protecteur plus puissant. Mais la proposition du cinéma de Rocha est de permettre la survie de ce duo improbable tout au long des épreuves traversées.

Ce n’est pas un film facile. Pour un esprit habitué à un cinéma propre, ou efficace, ou à une trame narrative continue, ce film a de quoi dérouter, pour peu que l’on n’accorde que peu d’intérêts aux saints et aux esprits… choses pourtant primordiales dans la culture brésilienne.

Une caméra à la main, une idée dans la tête (camera na mao, uma ideia na cabeça) c’était le leitmotiv de Rocha, dans le cadre de son idéologie de l’esthétique de la faim. Un cinéma pauvre, parce qu’issu des pays pauvres… Bien sur, aujourd’hui ça ne peut être pris que comme une étrange idée, mais Glauber Rocha ne se prenait pas pour un moderne. C’était un primitiviste, (rattachable en cela au mouvement tropicaliste de cette époque avec des artistes comme Hélio Oiticica) il se revendique de cette identité primitive à travers ses personnages, les sons qu’il choisit, les trames et les images qui se choquent.

Ruy Guerra, un collègue du cinéma novo, à la même époque, fera des choix moins radicaux, donnant notamment os Fuzis, d’une force brute, et pourtant très maîtrisée, étonnante, avec un jeu d’acteurs toujours extrêmement juste.

La justesse, dans Dieu Noir et Diable blond, n’était pas recherchée. Difficile à comprendre aujourd’hui. De même pour le son, il fallait que celui-ci soit « crade », dès le tournage, pour respecter cette sorte de mystique du cinéma de la faim.

C’est peut être le paradoxe de Glauber Rocha, reconnu officiellement partout dans le monde, et notamment en France et en Italie, et avec plus d’ambivalence au Brésil (avec une réédition étonnamment tardive de ses œuvres). Plusieurs raisons possibles à cela, notamment dans ce film : son aspect théâtral poussé, le montage parfois extrêmement cut… les atmosphères qui se télescopent à dessein… dans une pulvérisation du montage invisible. Des rencontres entre des improvisations et des vieux chants du Nordeste, totalement à leur place dans cette tragédie filmée, mais en contrepoint des morceaux de classique qui semblent comme catapultés dans le désert brésilien…  Au final, un opéra absurde, baroque, qui donne des perles à la patience, et à la passion.


Le Dieu et le Diable dans la Terre du Soleil…

La terre du soleil : c’est le Sertao, dans le Nord Est du Brésil, que l’on appelle  Nordeste.

Rien que le titre suffirait pour déchainer des passions. Dieu Noir, Diable blond, et cela se passe au Brésil, dans les contrées perdues du Sertâo.

Cela donne à rêver, comme une nouvelle découverte du Brésil, une expérience presque « Cabralienne » (du nom de Cabral, qui découvrit le premier la terre de « Brésils », arbres qui occupaient tout le littoral).

C’est la force de Rocha, de donner à redécouvrir une terre, et à entrer en elle au point de pouvoir passer outre la dimension politique du film, pourtant très importante pour les cinéastes des années 60.

Découvrir, ou redécouvrir une terre, grâce à la puissance d’un film étrange.

Ici se pose la question du regard. D’où vient-il, ce regard ? Celui de Glauber Rocha se sent investi d’une mission : il est bahiano, de l’Etat de Bahia, un des Etats du Nordeste, où les mythes et la littérature de Cordel étaient extrêmement présents. L’ambivalence est pleine quand on ne sait précisément pour qui il fait ce film. Bien sur, il le fait pour les « masses », pour la Révolution, c’est l’époque de ce type d’engagement. 

Glauber et le cinéma Novo

Un film qui n’est pas engagé est un film commercial, et Rocha est en furie contre le cinéma commercial. Pourtant, ceux qui vont réellement voir son film sont les élites Cariocas (de Rio de Janeiro) et Paulistas (Sao Paulo), et ensuite avant tout européennes, new yorkaises et californiennes.

Quatre décennies plus tard, c’est la question des générations qui se posent. Rocha appartient-il au passé ? Ce film est il encore regardable ?

Certains découvrent le Brésil en passant d’abord souvent par les films commerciaux à succès, bien tournés, bien montés, comme la Cité de Dieu, de Mereilles, Troupe d’élite de Joé Padilha.

Le cinéma novo inclut, outre Glauber Rocha, quelques autres noms,  comme Nelson Pereira dos Santos, Leon Hirshman, de Andrade, Ruy Guerra...

Dans les années 60, le cinéma novo représente un véritable espoir de redonner le cinéma au peuple, de créer des films pour les masses (pas forcément par les masses). Cette idée première est un échec retentissant, bien peu de Brésiliens ont vu Dieu Noir et Diable Blanc, à l’époque et encore aujourd’hui. Bien plus de cinéphiles internationaux ont eu accès à ce film. Aux Etats Unis, un homme comme Scorsese, alors tout jeune, lorsqu’il découvre les films de Rocha et de Ruy Guerra est abasourdi par l’audace, la passion, la rage de ce cinéma.

La rage, la passion, le sang, le meurtre, les chants des beatos ou des conteurs… les Cangaceiros mythiques, facilement égorgeurs… dont les trafiquants surarmés seraient les héritiers dans le Brésil actuel.

Quelque chose a été lancé, avec Deus e Diabo na terra do sol. Passion, Rage, c’est un peu ce qui caractérisait Glauber Rocha.  Un homme en besoin de révolte, qui se laisse soupçonner facilement d’avoir réalisé à travers ce film son autoportrait esthético politique. 

Autoportrait en forme d’Homme malheureux

Glauber : O disgrazado ?

Que ce soit le vaqueiro Manuel, cherchant perpétuellement son salut dans toutes les directions, sa femme, désespérée d’être avec un homme aussi peu centré sur un coin de bonheur, même domestique ; que ce soit le Colonel, qui se préoccupe peu d’irradier de joie, ou Antonio das Morte, personnage important, tueur de bandits (les fameux Cangaceiros), qui est plus un héros soupirant, rechignant à jouer son rôle de condamné à tuer pour le compte des puissant, ou même Corisco, le chef Cangaceiro, qui tue avec rage, mais sans joie, qui baise et viole, mais le sourcil froncé, la mine défaite, tous partagent une même malédiction : vivre sur la terre du Soleil.

Un portrait de Glauber Rocha de cette époque explique certainement mieux que tout, cette tendance humaine à l’insatisfaction, et à l’extériorisation visuelle d’une forme de rage, ou rage-passion

Pas de révolution, pas de grand soir, on appartient à la classe possédante, on représente précisément ce que l’on cherche à abattre : la culture, la puissance intellectuelle, les moyens pour faire des films, et en même temps l’impossible lien avec le peuple fantasmé, qui, chaque vendredi ou samedi soir, est plus réputé prendre un petite bière (cervejinha) entre amis, plutôt que de faire la révolution, ou d’aller voir un film censé lui parler, ou du moins parler de lui.

Le Brésil est peut être le pays où la révolution russe semblait le plus à même de trouver une nouvelle terre d’accueil, avec sa longue culture de l’esclavage, bien plus prononcée que dans les pays de l’Amérique hispanique (si l’on excepte comme par hasard…Cuba).

Et c’est pourtant le pays où la guérilla s’avèrera un échec total, qu’elle soit urbaine ou rurale, avec une incapacité à mobiliser les masses. Dès 1969, la guérilla de l’ALN est décapitée) et Glauber Rocha est à Rome, il a déjà fait la connaissance de Pasolini, dont la Passion du Christ et l’Evangile selon Saint Mathieu sont de fantastiques miroirs siciliens de l’oeuvre sertaneja de Rocha.

La dictature militaire et Cannes

En 1964, quand le film sort, en même temps que l’Evangile selon Saint Mathieu de Pasolini (les passionnés de ce film de Pasolini ne pourront qu’être troublés par le vague air de famille entre les (s)cènes du Nordeste brésilien, et ses paysans affamés, et celles du sud de l’Italie, tournées par Pasolini), Rio de Janeiro et Sao Paulo ne s’y intéressent pas particulièrement. Le Nordeste n’est pas ce qui excite le plus les élites cinéphililes brésiliennes (bien plus troublées par les auteurs français de la même époque). Glauber le savait, lui le Bahiano. Donc c’est la Révolution, et le contact avec les masses qui étaient mis en avant.

Pourtant, sorti peu après l’irruption de la dictature militaire en mars 1964, celle-ci ne se préoccupe même pas de l’interdire. Tout simplement, il connut le même échec que la vague révolutionnaire de guérilla urbaine : tous deux ne rencontrèrent pas leur public. Mis à part quelques réseaux trop minoritaires. Par contre son film fut sélectionné à Cannes (compétition officielle 1964), avec l’autorisation de la dictature... A l’époque, le régime aurait pu demander au festival de ne pas présenter le film, et la direction du festival s’y serait pliée, ce qui paraît plus que surprenant.

Conclusion sur ce Dieu Noir et Diable Blanc 

Plutôt Dieu, plutôt Diable, ou plutôt perdu dans le chaos qui règne entre ces deux étranges entités ?

Plutôt Brésilien, habitant du Nouveau Monde, ou Européen d’adoption, voire, homme perdu dans cette zone d’entre deux qui s’appelle l’Atlantique ? Dieu Noir et Diable Blanc doit être vu comme une forme d’autoportrait du cinéaste…

Cet acteur incarnant Manuel puis Satanais qui semble avoir du mal à dégorger son texte,  qui baisse la tête tout au long du film, comme une pâle ombre du Cangaceiro… Ce Saint Sebastiao, et cet Antonio Das Morte qui reviendra dans plusieurs de ses films ultérieurs, c’est aussi Glauber Rocha : préoccupé de révolution, sans jamais prendre lui même les armes, préoccupé par la misère, sans jamais la connaître.

Il retournera au Brésil dans les années 70, et provoquera la stupeur en défendant certains aspects de la dictature, ce qui perturbera plusieurs segments de la gauche révolutionnaire latino-américaine et française. D’où la difficulté d’interprétation de ces paroles, « la terre n’est ni à Dieu, ni au Diable, elle est à l’homme ». Mais quel homme, sinon celui qui est obligé de fuir à toutes jambes la répression, sinon le fantasme de la répression ? Ou celui obligé de traverser l’Océan pour trouver un refuge artistique plus que politique ?

La grande malédiction de Rocha aura été sa souffrance d’artiste,  suffisamment douloureuse pour l’emporter à 42 ans. Glauber Rocha tournera la majorité de ses œuvres en Europe et en Afrique, ne revenant que très peu dans ce Brésil qui l’obsédera jusqu’à sa mort.

Devlin Johan Belfort

2h05

Copacabana Filmes

1964

Sélection Officielle au festival de Cannes

(Programmé lors de l’année du Brésil en France)

Par Castel Rosso Créations
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 23:59


La République Marseille (7 films de Denis Gheerbrandt) 

D'abord "la République", puis "la totalité du monde", "les quais"... "l'harmonie"... où l'on voit "Marseille dans ses replis" après un détour par la gouaille "des femmes de la cité saint louis", et le monde du"Centre des Rosiers"...


Belle aventure personnelle de l’homme Denis Gheerbrant, qui seul, caméra à l’épaule, décide d’aller à la rencontre d’un certain Marseille. Pas tous les Marseille(s) : dans ce que l’on peut appeler les sept essais de la «République», de longueur variable mais sans changement de style fondamental, il rencontre avant tout un vieux territoire, marqué de symboles ; un vieux Marseille populaire, celui qui a gardé une mémoire d’avant la chute des bastions communistes. À travers ces générations qui ont vu notamment toutes les évolutions du vieux port, du changement de conditions des dockers, des effets de la désindustrialisation, le réalisateur dresse des portraits portés par des gouailles et une intimité qu'il a su faire émerger.
 
Sept essais, sept lieux. Marseille est bien plus vaste, c’est entendu, mais les classes moyennes, et celles plus bourgeoises sont éclipsées de cette œuvre, c’est ainsi. La République (85 min) aborde pour sa part la menace des expulsions du centre ville populaire de Marseille, peut-être condamné à disparaître. Cette disparition programmée est parfois la conséquence de manœuvres peu regardantes de promoteurs immobiliers (des milliers de logements furent ainsi récupérés par un promoteur international, pour ensuite les revendre bien plus cher, contribuant à terriblement augmenter le prix des loyers). Denis Gheerbrant filme plusieurs habitants qui doivent lutter pour faire respecter leurs droits, face à différentes administrations, privées ou publiques, qui voient un intérêt dans le réaménagement du quartier.

Dans quatre autres essais, le court documentaire sur la totalité du monde (13 min), les quais (45min), l’harmonie (de l’Estaque : 53 min), Marseille dans ses replis (45min), il se centre plutôt sur un monde abîmé, passé, dont il fait ressortir certaines pointes de nostalgie. Dans les quais, Rolf, relativement jeune docker, aux dizaines de blessures, émerge par son énergie inépuisable, sa gouaille, sa rage de voir le vieux port, comme le balance un de ses collègues, devenir le « bronze cul de l’Europe ». C’est à dire un lieu uniquement dédié à la plaisance, une infamie pour un descendant de la grande tradition du docker, pour qui un port est un lieu où ça travaille dur.

La rencontre du réalisateur avec les femmes de la Cité Saint Louis (titre de cette rencontre de 53 minutes) est certainement l’une des plus belles, et à la fois des plus étranges : les nombreux dialogues avec les femmes de cette cité peuvent presque faire douter d’une possible communauté autarcique, exclusivement féminine, qui durant des années, aurait su se passer d’hommes... L’apparition tardive d’un mari ancien docker chassera cette idée d’« Amazones marseillaises ». Amazones menacées : la Cité Saint Louis, ensemble d’habitations publiques, doit être vendue, et tous les habitants obligés d’abandonner leur passé. L’une des femmes porteuse d’une glorieuse mémoire envoie à la caméra, comme dans un moment de défi face au réel : « Maintenant, ils ne savent pas ce que l’on peut faire, nous ! ». Denis Gheerbrant, de demander : « Et vous pouvez faire quoi ? » Et celle-ci…« Je ne sais pas… je ne sais pas »

L’empathie, le tutoiement parfois utilisé par Denis Gheerbrant (on entend régulièrement sa voix, ses questions), le fait qu’il soit seul sur les lieux, à la rencontre des habitants, confère quelque chose de convaincant sur l’ensemble des essais, parfois de touchant. Il est parti seul, il a rencontré, comment, par quelle méthode ? Peu importe : c’est une aventure personnelle et elle n’a nul besoin de justification sociologique. Le réalisateur ne se cache pas, même s'il n'est pas présent à l'image : son choix du montage visible, « cut », où il est clair, dans chaque essai, qu’il assume les ruptures et les continuités, joue clairement sur l’idée d’une subjectivité « visible ».

C’est peut être pour cela que l’essai le moins convaincant est celui sur le Centre des Rosiers (64 min), que l’on nommera « quartier difficile », puisqu’il semble avoir été pris pour cette dimension. Interviewer un homme qui a perdu son fils poignardé, une femme qui offre un moment de tragique douceur à travers une complainte chantée sur la difficulté d’éduquer, sur le fait que les « les rues n’ont jamais bien éduqué un enfant »… pour ensuite avoir de longs plans sur les jeunes à problème en question. Il y a bien quelques tentatives de rencontres,  mais le point de vue, quelque peu privé d’empathie, ou du moins clairement plus « à distance », marque les affinités du réalisateur, et les limites humaines rencontrées. La question posée à l’un des animateurs semble presque sonner comme un aveu du cinéaste : « Tu te reconnais dans ces gamins ? » De toute évidence, l’aisance du réalisateur vis à vis des générations passées, précieuses jarres de la mémoire collective, se retrouve quelque peu en porte-à-faux vis-à-vis des plus jeunes générations.

Cette même question peut aussi sonner comme une forme de conclusion un peu désabusée : la rupture est peut-être totale, entre ce passé que Denis Gheerbrant vient de contribuer à exhumer,  à travers ces sept essais, et le futur en préparation. Que ce soit sur un plan humain, générationnel, ou sur un plan urbanistique, voire esthétique, la vieille République ne reconnaît plus la nouvelle, ou pire, ne souhaite pas la reconnaître…
 
Devlin Johan Belfort

Distributeur : Editions montparnasse
Par Castel Rosso Créations
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L'auteur de ce blog

Né à Rio de Janeiro de père brésilien et de mère française                 

Enfance entre Brésil, Haïti et Martinique.

Vit depuis une quinzaine d’années en France

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